Editorial Miroir du Football numéro 1

Footballeurs… prenez conscience de votre force !

Footballeurs mes frères, êtes-vous affligés d’un complexe d’infériorité ?
Vous êtes le nombre. 500 000 en France, 20 millions peut-être avec les spectateurs qui communient avec vous. Et pourtant lorsque les tribuns parlent avec grandiloquence du « sport de masse » de l’âge d’or, ce n’est pas à vous qu’ils pensent.
Vous êtes pauvres. Et pourtant c’est aux meilleurs d’entre vous que l’on demande de fournir la « matière » des Concours de Pronostics qui aviliront votre Sport, sous prétexte de lui fournir les miettes d’un festin auquel vous n’êtes pas conviés.
Votre sport apporte la joie naturelle d’une confrontation pacifique, aux péripéties variées à l’infini, toujours imprévisibles. Et pourtant on vous offre officiellement l’idéal ascétique des disciplines « ingrates ».


Votre sport suscite l’enthousiasme parce que dans ses manifestations supérieures, il s’élève au niveau de l’art. Et pourtant, le dire, c’est tomber, paraît-il dans l’hystérie littéraire.
Votre sport exige le concours constant de l’intelligence. Ses problèmes multiformes suscitent les initiatives individuelles les plus étonnantes, les inspirations créatrices collectives les plus stupéfiantes. Et pourtant les esthètes officiels s’accrochent au culte désuet des manifestations primaires de l’effort physique.

Votre sport exige toutes les qualités athlétiques : vitesse, souplesse, détente, adresse, résistance à la fatigue et aux chocs. Synthèse attrayante, parce que naturelle, des « disciplines » physiques les plus diverses, elle est à la mesure de l’Homme. Et pourtant on lui reprochera de n’être pas l’apanage exclusif des phénomènes.
Vos professionnels pratiquent un métier dangereux, à la rentabilité aléatoire et réduite. Et pourtant le système des transferts les ravale au rang des marchandises, leur dénie de droit de participer à la gestion de leur sport, leur vaut trop souvent les sarcasmes de gens ignorant les difficultés techniques du jeu, et les servitudes de leur métier.
Vous avez en France la 3e équipe du monde, et quelques-uns des meilleurs joueurs du globe. Et pourtant le plus grand de vos stades fait sourire de pitié vos frères de petites nations comme l’’Uruguay, la Suisse, la Belgique, la Hongrie et la Roumanie.

Footballeurs mes frères, il vous faut prendre conscience de votre force. D’une force qui a permis à la F.I.F.A. de grouper sous son pavillon, sans discrimination de races, de croyances religieuses, de convictions politiques, 95 Fédérations Nationales, soit un nombre de pays supérieur à celui des membres de l’O.N.U. D’une force qui a permis de surmonter les obstacles qui s’opposaient à la réalisation du match URSS.-Espagne de la Coupe d’Europe.
Ce sera le but du Miroir du Football que de vous aider, footballeurs anonymes ou célèbres, entraîneurs, spectateurs des petites et des grandes rencontres, dirigeants de clubs obscurs, à mieux connaître cette force, à l’exalter, à la développer, à en découvrir les raisons profondes. A lutter contre le chauvinisme qui repose sur l’ignorance des réalités du jeu, contre l’exploitation mercantile de votre passion…Bref, de contribuer à la grandeur du football.
Si vous recherchez dans nos pages matière à satisfaire l’orgueil nationaliste, l’esprit de clocher, ou le culte commercial de la vedette… Ne poursuivez pas votre lecture

Mais si vous aimez le football pour lui-même, si vous cherchez à étendre le champ de vos connaissances dans tous les domaines du sport qui a conquis le Monde…. Alors, le Miroir du Football est déjà votre revue.

François Thébaud