1972 Championnat OM Saint-Etienne 3 – 1

19 Novembre 1972 Stade Vélodrome, OM bat Saint-Etienne 3 à 1 (2 – 1)
Arbitre Mr Frauciel 43870 Spectateurs

BUTS KEITA (22′ et 84′), NOVI (31′) REVELLI (40′)

OM CARNUS, TRESOR, BOSQUIER, ZVUNKA, KULA, NOVI, BONNEL, GRESS, KEITA, SKOBLAR, LECLERCQ Entraineur LINDER
SAINT-ETIENNE CURKOVIC, REPELLINI, PIAZZA, LOPEZ, FARIZON, SANTINI, SANLAVILLE, BROISSART, LARQUE, REVELLI, BERETA Entraineur HERBIN
Il y avait bien longtemps que l’on n’avait vu une telle foule au sate-vélodrome. Dès six heures du matin, des files de spectateurs avaient commencé à « serpenter » le long du boulevard Michelet jusqu’aux grilles de l’enceinte du stage.
Est-ce l’incroyable pugilat par lequel se termina cette rencontre « muselée » qui rafraîchit soudain l’atmosphère ?
Toujours est-il que ces quarante-cinq mille Marseillais nous semblèrent relativement calmes et mesurés tout au long de ce match. Il est vrai que la belle assurance et la maîtrise collective manifestées par les Stéphanois firent constamment peser sur la partie un climat d’incertitude, et jusqu’à 6 minutes de la fin, jusqu’au 3eme but de Salif Keita.


Sans cet insaisissable Keita qui s’élèva à une hauteur peu ordinaire pour catapulter de la tête dans le but de Curkovic, la balle décisive du 3-1, il ne se serait sans doute pas trouvé beaucoup de Marseillais pour claironner que la victoire était dans la poche.
Et la nouvelle, vite répercutée de bouche à oreille, du but puis des buts nancéiens aux dépens de Nice, ne faisait qu’aggraver ce climat tendu.
Il aurait été vraiment stupide de laisser échapper un point au moment où pouvait se réduire très sérieusement l’écart entre le peloton des poursuivants emmené par l’O.M. et l’échappée niçoise.

Il y eut quand même un vrai moment de folie dans ce stade-vélodrome où s’est remis à souffler le vent de l’espoir, celui qui peut pousser le navire olympien jusqu’à la conquête d’un troisième titre de champion de France ; ce fut lorsque Keita eut réussi son second but.
Le Malien reçut alors une ovation qui dut lui aller droit au coeur. Repoussant les embrassades de ses camarades et les signes d’allégresse de quelques jeunes supporters massés derrière les buts, il entreprit un petit tour d’honneur tout ce qu’il y a de personnel répondant aux acclamations de la foule, bras levés.
Pourquoi, oui pourquoi, baissa-t-il soudain les bras ramenant sa main gauche à hauteur de l’articulation de son bras droit ?
On se doutait bien que Salif Keita, pour ses grands débuts marseillais contre l’équipe qui fit sa gloire, marquerait cette journée quasi historique de son empreinte, mais de là à penser que le Malien, après six mois de « repos forcé », ferait à lui la différence, il y avait tout de même une marge que l’on se gardait bien de franchir. L’intéressé lui-même n’avait-il pas dit qu’il craignait de manquer de compétition ?


Toujours est-il que Keita a inscrit deux des trois buts -le premier et le dernier- qui permirent à l’OM de battre Saint-Etienne pour la première fois depuis des années, événement follement acclamé, comme on l’imagine, par une foule record bravant en l’occurence l’hiver en avance de quelques semaines…
Pourtant, on a longtemps cru, malgré Keita, que Saint-Etienne, allait à nouveau poser des problèmes à son vieux rival. La preuve en est que les visiteurs firent l’essentiel du jeu en seconde mi-temps et menacèrent alors très souvent le but gardé par Carnus. Il faut dire que les Stéphanois étaient menés 2-1 depuis la pause et que sentant le vent de la défaite, ils avaient déchargé Bereta de sa mission initiale consistant à neutraliser son ami Salif, à ne pas le lâcher d’une semelle.
Bereta, retrouvant un rôle plus conforme à ses dispositions, aida donc ses camarades à se rendre de plus en plus maîtres du ballon durant la deuxième période, tant et si bien que Saint-Etienne semblait en mesure de rétablir l’équilibre (et le méritait même) lorsque l’irréparable se produisit :
Un centre de Kula déporté à l’aile gauche, un homme décollant de quelques encolures au-dessus de la mêlée, une reprise foudroyante de la tête, une grande clameur, le héros prenant enfin la foule à témoin de son bonheur retrouvé, ça y était… à le 84e minute, public radieux, hurlait de joie, joueurs et dirigeants marseillais respirant mieux.
Dans un premier temps, pourtant cette victoire si longue a être assurée, s’était dessinée assez rapidement grâce au premier but en pleine extension du roi Salif sur passe de Skoblar et mauvaise interception de Piazza (23e).
But qui en amena vite un second de Bonnel fort joli mais refusé pour hors jeu (25e) après quoi ce fut Jacky Novi, qui aggrava la marque d’un tir puissant consécutif à un dribble judicieux (30e).Les Stéphanois, qui contribuèrent pour beaucoup à l’intérêt constant du spectacle, surent réagir et réduisirent la marque avant le repos par l’entremise de Revelli (41e).
Cette réussite de l’avant centre stéphanois allait relancer le match et nous valoir la passionnante seconde mi-temps « à suspense » que l’on sait avant le coup de poignard terminal de la nouvelle « perle noire » qui a conquis Marseille en un seul jour.